A l’amitié

(…) Je voyais la troupe fantasque
Dans l’aube terne s’éloigner.
Le dernier portait un faux nez
Et son camarade, un vieux masque,
Qu’un autre avait dû lui donner.

Folle bohème, ô ma jeunesse,
Qui t’en vas par ce froid matin,
En attendant que le jour naisse,
Qu’as-tu fait de tant de promesses
Et de tant d’espoirs incertains,
De Montmartre au Quartier latin ?

C’est toujours toi que l’on regrette
Et plus tard, lorsque l’âge vient,
On voudrait que le temps s’arrête :
Il est trop tard, nul n’y peut rien.

Francis Carco
La bohème et mon coeur

Ecrire

Chaque vague éclatée réveille à la vie. Chaque reflet tape à l’œil et je n’ai qu’à entrouvrir les lèvres pour goûter au salé de l’air.

Des milliers de mots se déversent sur le sable, écume du monde là devant. Le silence est mort et le chant des flots comme le flot des mots me chavire.

Il est temps de renaître et de se jeter à l’eau…

Si loin

Il parle, ses lèvres bougent

Elle n’entend pas ses mots

Le vent éteint les murmures.

Son cœur-tambour

Bat à la vitre brouillée

Aux plis de ses yeux

Se dessinent déjà

Les tourments de l’absence.

Elle pense tant à lui

Que son corps se fend

Comme un bois mort

Le temps écharpe les rêves.

Histoire d’une vie – 1

Je me souviens que cet été là maman s’inquiétait pour mon dos. La rééducation prescrite par notre médecin de famille n’avait pas eu l’effet escompté.

Nous étions partis pour trois semaines en Alsace à Altkirch plus précisément. La canicule de cet été là nous menait chaque après-midi à la piscine. En maillot de bain je fus donc facile à observer.

C’est ainsi que dès notre retour, rendez-vous fut pris chez notre médecin. Maman trouvait que le S de ma colonne vertébrale s’était accentué. Après un examen minutieux le médecin jugea que la courbure s’était aggravée très rapidement et qu’il fallait consulter des spécialistes à Paris sans perdre de temps.

Un long chemin commençait .

A suivre…

Rentrée

Un masque sur la bouche et le nez

Paris odorat bandé

Finalement pas si mal.

Nous marchons sous les marronniers

Autour de l’église Saint-Lambert.

Je ramasse les premiers marrons tombés

Je cherche machinalement la poche

De ma blouse noire à col Claudine fleuri.

Débandade de l’esprit.

Tout fout l’camp…

A l’horizontale

Sous les tuiles rouges brûlantes les murs étincelants.

Sous le ciel bleu les oiseaux ailes déployées comme de longues ombrelles.

Sous le vent léger les feuilles bruissantes des arbres.

Lorsque les pieds ne touchent pas terre, je ne suis qu’un élément parmi les autres. La vie se balance. Tantôt oui, tantôt non.

L’odeur de la terre se colle à la mémoire et ramène au chemin des herbes hautes de l’enfance. Aux abricots juteux. Aux prunes fendues sucrées qui tachent le petit débardeur blanc.

Lorsque le hamac me berce tantôt hier, tantôt demain, je ne suis que l’instant et rien ne presse.