Extrait de Art poétique

 

Si, je n’écris pas ce matin,

Je n’en saurai pas davantage,

Je ne saurai rien

De ce que je peux être.

Si j’écris, c’est disons pour ouvrir une porte.

Le plus curieux

J’ignore à quel moment se fait cette ouverture

D’ailleurs ce qui se lève c’est peut-être un rideau.

Guillevic

Nuit

J’avais bouffé le jour avec ardeur, désirante.
Je m’ouvrais à la nuit, sereine et légère pour une danse jubilatoire.
Ce voyage en ivresse me permit de trépaner et fusiller quelques fantômes chafouins.
Passé le pas de nuit, je me vautrais dans un bordel velouté oublieux des cauchemars asilaires.
Les tisserands enchanteurs oeuvraient.

Tout se magnifiait alors jusqu’au matin.

lune ronde 6 mai 2012
lune ronde 6 mai 2012

 

Au creux

Elle tient la nuit
au creux de sa main
ne sait qu’en faire

La jeter à la lune,
aux chiens qui hurlent

Je tiens à la vie,
Aux petits matins          

              Aux cerfs-volants dans les dunes

 

Lundi matin

Elle se demande
qui a bien pu pleurer autant.

Elle se dit que le plomb fondu,
forges du temps qui passe,
a saisi le ciel

dans un silence assourdissant.

Faux semblants

Elle se lève et range tout
une chape de brouillard déposée
Sur les pelotes dévidées

Cuisson à l’étouffée
Pas un son ne sort
De son corps marmite

Elle peut fermer la porte
Et sortir tranquille

Rien ne transparaîtra.