Ainsi ne soit-il pas

                           Le plaisir d’être une bête. Le plaisir d’être. Le plaisir.

 

               Il faut s’habituer à l’idée de la mort, chaque matin,

                                         comme on apprend une langue étrangère.

 

On finit soi-même par céder à l’habitude qu’ont les autres de mourir.

 

                            Entre désert et mirage, l’interstice,

                                                                C’est là que tout se passe.

 

Salah Stétié

5 dans ton oeil

 

Les passantes et Rodin (Fugit amor)

Fugit-amor.JPG(…) Alors aux soirs de lassitude

Tout en peuplant sa solitude

Des fantômes du souvenir

On pleure les lèvres absentes

De toutes ces belles passantes

Que l’on n’a pas su retenir.

 

Antoine Paul

 

 


L’étranger – Baudelaire

« Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages ! »

Charles Baudelaire – Le Spleen de Paris

La centaine d’amour – poème 44

Sache que je ne t’aime pas et que je t’aime

puisque est double la façon d’être de la vie,

puisque la parole est une aile du silence,

et qu’il est dans le feu une moitié de froid.

 

Moi je t’aime afin de commencer à t’aimer,

afin de pouvoir recommencer l’infini

et pour que jamais je ne cesse de t’aimer :

c’est pour cela que je ne t’aime pas encore.

 

Je t’aime et je ne t’aime pas, c’est comme si

j’avais entre les deux mains les clés du bonheur

et un infortuné, un incertain destin.

 

Mon amour a deux existences pour t’aimer,

Pour cela je t’aime quand je ne t’aime pas

et c’est pour cela que je t’aime quand je t’aime.

 

Pablo Neruda

La centaine d’amour – poème 77

Ce jour est bien ce jour, dans son poids de passé

dans son essor vers tout ce qui sera demain,

c’est le sud de la mer, le vieil âge de l’eau

et c’est aussi un jour nouveau qui se compose.

 

Ta bouche levée vers la clarté, vers la lune

aux pétales du jour consumé s’est unie,

voici venir hier trottant par sa rue sombre

pour garder de l’oubli son visage défunt.

 

Aujourd’hui, hier, demain, sont mangés en chemin,

nous dévorons un jour tout comme un boeuf ardent,

notre bétail attend avec ses jours comptés,

 

mais en ton coeur le temps a jeté sa farine,

glaise de Temuco, dont je construis un four :

pour mon âme tu es le pain de chaque jour.

 

Pablo Neruda