L’évolution des espaces

Les pentes noires des reliefs coulaient du ciel, lissées par des millions d’hivers. La vallée s’ouvrait, large, protégée par le piémont sur sa bordure nord. Parfois un sommet de 6000 mètres signalait sa présence. Qui s’en souciait ? Les animaux n’y montaient pas. L’alpinisme n’existait pas en ces parages. Les dieux s’étaient retirés. Des ravines griffaient les versants, comme si l’eau refusait de descendre c’est à dire de mourir. Il faisait -20 °C.

La panthère des neiges – Sylvain Tesson

Ainsi ne soit-il pas

                           Le plaisir d’être une bête. Le plaisir d’être. Le plaisir.

 

               Il faut s’habituer à l’idée de la mort, chaque matin,

                                         comme on apprend une langue étrangère.

 

On finit soi-même par céder à l’habitude qu’ont les autres de mourir.

 

                            Entre désert et mirage, l’interstice,

                                                                C’est là que tout se passe.

 

Salah Stétié

5 dans ton oeil

 

A l’instant

« L’espoir porte un costume de plumes, se perche dans l’âme et inlassablement chante un air sans paroles ; mais c’est dans la tempête que son chant est le plus doux. »

Emilie Dickinson

L’étranger – Baudelaire

« Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages ! »

Charles Baudelaire – Le Spleen de Paris

Autres séjours

la dérive des ombres

s’opère à notre insu

comme au fond d’un ailleurs

qui ressemble à l’oubli

 

jusqu’à ce qu’un lointain

rappel nous mobilise

mais nous ignorons tout

de la tâche à venir

 

Jean-Claude Pirotte

La centaine d’amour – poème 44

Sache que je ne t’aime pas et que je t’aime

puisque est double la façon d’être de la vie,

puisque la parole est une aile du silence,

et qu’il est dans le feu une moitié de froid.

 

Moi je t’aime afin de commencer à t’aimer,

afin de pouvoir recommencer l’infini

et pour que jamais je ne cesse de t’aimer :

c’est pour cela que je ne t’aime pas encore.

 

Je t’aime et je ne t’aime pas, c’est comme si

j’avais entre les deux mains les clés du bonheur

et un infortuné, un incertain destin.

 

Mon amour a deux existences pour t’aimer,

Pour cela je t’aime quand je ne t’aime pas

et c’est pour cela que je t’aime quand je t’aime.

 

Pablo Neruda